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Les pollutions dans le Bassin d’Arcachon

dimanche 27 mars 2016

Les pollutions du Bassin d’Arcachon. Les identifier et les combattre.

Cet article a vocation de lister une grande partie des pollutions présentes dans le Bassin d’Arcachon qui, en ce début d'année 2016, atteignent des proportions alarmantes. Cette liste est le résultat du long et incessant travail de prospection et d’alertes d’associations, d’hommes et de femmes de terrain qui oeuvrent à la protection du bien commun. Les causes et les raisons de ces pollutions exigent une analyse du fonctionnement de notre territoire, de son économie, de son comportement. Il est important de trouver des solutions qui prennent en compte les systèmes naturels et les systèmes sociaux présents autour du Bassin d’Arcachon, espérons que le parc marin nous les apporte au plus vite.

Patrick Ransinan.

Liste non exhaustive des pollutions présentes dans le Bassin d’Arcachon.

Données recueillies auprès de René CAPO, Françoise Branger (Bassin d’Arcachon écologie), Josiane Giraudel (http://www.ecocitoyensdubassindarcachon.org/)
 
Les lixiviats des anciennes décharges qui ceinturent le Bassin d'Arcachon et tout particulièrement le scandaleux CET d'Audenge construit sur le terrain sablonneux du bassin versant, à 1m70 des nappes d’eau superficielle, et dont les lixiviats (le jus toxique des déchets) continuent à se répandre dans le Bassin en suivant les nappes (malgré des mises en accusations de certains points précis de l'activité du CET par un tribunal de Bordeaux, cette affaire s'est terminée par lamentable non lieu). Il y a une forte suspicion que les lixiviats soient responsables, avec les herbicides et les pesticides, de la dramatique régression des zostères (habitat des poissons juvéniles, des hippocampes et des coquillages, fixateur des vases, nourriture pour nombre d’oiseaux migrateurs, oxygènateur de l'eau) et probablement de la mortalité du naissain (larves d’huîtres et de moules), ce qui à ce jour n'a pas été validé scientifiquement. 

Les rejets du Wharf de La Salie 
Le warf rejette à 700 mètre du littoral (plage de la Salie, côté Océan, au sud de la pointe d’Arcachon) les eaux usées des 10 communes du littoral. S’ils sont traités avant rejet (les détergents, entre autres, n’y sont que partiellement traités), ces effluents sont scientifiquement reconnus contaminés par les micropolluants et les résidus médicamenteux. S'ajoute à cela les effluents de l’usine Smurfit de Biganos.
Depuis 2007, un floculant, le polychlorure d'aluminium, censé stabiliser les effluents, est présent dans les rejets du Wharf, il va être utilisé pendant les 26 années à venir dans le milieu marin et dans les boues d'épandage (résidus des stations d’épuration répandus sur des terrains agricoles situés à proximité du Bassin d'Arcachon).
 
Nitrates et pesticides
Les ruisseaux et les eaux de ruissellement chargés de nitrates, d’herbicides et de pesticides (agriculture, jardins de particuliers, terrains de sport, golfs, entretien communal..) traversent les terres du bassin versant et viennent se jeter dans le Bassin. Les communes du Bassin sont en "zone vulnérable aux pesticides", il y a obligation de laisser des bandes enherbées de 5 m de part et d’autre des ruisseaux, malgrès cela des maïsiculteurs sèment et traitent jusqu’aux ruisseaux, la règlementation pesticides n’est pas respectée. Signalons également que les cours d'eaux et crastes qui se jettent dans le Bassin sont encore et toujours considérés comme des dépotoires (les opérations de nettoyages menées par les associations en témoignent). 

Les HAP et les anti-fouling
Les insidieux et terribles HAP sont de plus en plus présents dans le Bassin (nous approchons des quotas maximum autorisés), les Hydrocarbures aromatiques polycycliques sont le résultat d’un trop grand nombre de bateaux à moteurs (des pics de fréquentation de 13 000 embarcations simultanément sur le plan d’eau), d’une activité automobile considérable et grandissante du fait de l’urbanisation (un flot incessant de 18 000 véhicules par jour autour du Bassin toute l’année) mais également des feux de cheminées. L'impact des peintures antisalissures, la carence du manque d'équipements d'aires de carénage à sec, d'équipements de traitement des eaux noires et eaux grises de navires dans de nombreux ports s’ajoutent à ces HAP et perturbent les équilibres écologiques du milieu marin de manière irréversible amenant des problèmes de santé publique et pouvant conduire à l’interdiction de toute consommation de coquillages. 

L’usine SMURFIT
La nouvelle cheminée de l’usine (inaugurée par nos élus) répand ses particules fines et ses HAP (Hydrocarbures aromatiques polycycliques) sur le territoire, terre et mer. Nous voilà avec la plus grosse chaudière biomasse d’Europe de l'Ouest, au bord du Bassin d’Arcachon. Ce n’est pas tout, la liqueur noire issue du processus de fabrication de la pâte à papier est un concentré de matières organiques qui a pour effet de “dévorer” l’oxygène présente dans l’eau. Elle est actuellement “traitée” puis rejeté au warf. En 2012, l’explosion d’une cuve a provoquée un déversement de ce produit dans le Bassin via le Lacanau, affluent de l’Eyre, tuant toute vie sur des km. De plus, l’usine prélève dans cet affluent 28 000 m3 d’eau par jour. Signalons également le problème de l’épandage des cendres (20 000 tonnes par an) avec la présence de dioxines et de furannes, épandages autorisés par le Préfet.

En 1969, Pierre Davant, aidé par les ostréiculteurs et ses amis universitaires, en avait fait son combat  en créant l’association environnementale SEPANSO, il a également créé la réserve du Banc d’Arguin, mille mercis Monsieur Davant! 
 
Les dragages des ports
Les polluants chimiques issus des activités humaines se retrouvent en grand nombre dans les vases portuaires, en particulier le TBT, tributyl-étain, composé organostanique, perturbateur endocrien et toxique pour de nombreuses espèces (présent dans les peintures anti-fouling jusqu’en 2003) ainsi que des métaux lourds comme le cuivre, le plomb.
A noter que l’Irgarol est également un antifouling d'une redoutable toxicité qui a eu de lourdes conséquences sur la vie biologique dans le Bassin.
Aux polluants chimiques, il convient d’ajouter le facteur de la pollution microbiologique des vases qui atteint des niveaux préoccupants dans certains ports, avec la présence de nombreux germes pathogènes. Cette forme de pollution est susceptible d’affecter tant la qualité des eaux pour la baignade et les sports nautiques (plaisance, plongée, etc.) qu’une nouvelle fois la pêche à pied et les installations de production aquacoles. Concernant les vases issues des chenaux, aucune disposition n'ayant été prise, elles sont aspirées puis rejetées plus loin dans le Bassin pour : troubler l'eau, empêchant toute photosynthèse, et revenir.

Les eaux pluviales
Avec 18 000 voitures qui tournent chaque jour autour du Bassin (conséquence d'une politique d’urbanisation incohérente à côté d'une zone écologique aussi sensible), les routes sont devenues aujourd'hui une menace réelle. Ce qui va dans la terre, va au Bassin : huiles, hydrocarbures, produits des laves glaces, résidus de pneumatiques, etc.  (les eaux pluviales devraient être maintenant infiltrées à la parcelle, les fossés entretenus et enherbés afin de filtrer les éléments polluants).

Le bruit
La France, à la suite du Grenelle de la mer et via la loi Grenelle II, reconnaît officiellement les nuisances de la pollution sonore depuis 2010 comme une des formes de pollutions marines, qu'il s'agisse de « l'introduction directe ou indirecte dans le milieu marin ». Les jets skis, les moteurs surpuissants de bateaux, les avions et les hélicoptères (impensable que l’on puisse tolérer le survol du bassin par ces engins!) utilisent sans aucune contrainte le plan d’eau. Des preuves scientifiques montrent que ces bruits perturbent et affectent parfois mortellement (directement ou indirectement) nombre d’espèces aquatiques.

La qualité de l’eau
Intervivew de Hélène Budzinski, directrice du Laboratoire de physico et toxico-chimie des systèmes naturels, une équipe CNRS/ université de Bordeaux 1, 

Les normes sur la qualité de l'eau sont dépassées ?

Elles sont basées sur une connaissance parcellaire. La liste des polluants réglementaires contient à peu près cinquante molécules sur lesquelles on qualifie la santé des écosystèmes aquatiques. Ce choix obéit à une certaine pertinence puisque ce sont des composés dont la toxicité est prouvée. On va par exemple trouver le cadmium (NDLR : un métal lourd qui a pollué l?estuaire de la Gironde, ce qui y interdit l’ostréiculture ainsi que la consommation d'huîtres sauvages). Cette liste est établie à un instant donné. On y trouve des pesticides qu’on a arrêté d'utiliser. Alors que les pesticides qui les ont remplacés n’y figurent pas. Signe de ce décalage, les médicaments viennent seulement de rentrer dans la liste en 2012. Trois principes actifs y figurent pour quatre mille composés pharmaceutiques consommés : le diclofénac, un anti-inflammatoire persistant que l’on trouve de façon récurrente et dont on a prouvé la toxicité, l'ibuprofène et une hormone impliquée dans les phénomènes de féminisation de la faune. Mais quand on regarde une molécule, on en laisse dix de côté. Et quand on regarde une famille de molécules, on en laisse aussi dix de côté.

Y a-t-il des éléments chimiques qui, même à l'état de traces, doivent être recherchés ?

La recherche a mis en évidence qu’on a parfois des effets spécifiques aux faibles doses. Quand on baisse la concentration du produit, on voit apparaître des effets toxiques qu'on n’obtenait pas à forte concentration. Et puis il y a l'effet des mélanges chimiques. Dix faibles doses de composés différents peuvent entraîner des effets toxiques. On relève ce type de problème dans le bassin d'Arcachon. On a une trentaine de molécules de pesticides présentes dans les eaux à des concentrations très faibles. En mélange, on commence à constater des effets lors d’expériences en laboratoire sur des huîtres et des herbes marines.

Nous aurions pu parler :
Des laisses de mer essentielles à la biodiversité qui sont retirées des plages.
De la quantité phénoménale de puits forés autour du Bassin d’Arcachon qui participent à l’abattement et à la salinisation des nappes avec un risque important sur l’alimentation en eau des arbres.
Des fuites du réseau des "Eaux usées" du SIBA dans les nappes phréatiques communiquant avec les eaux du Bassin.
Des galettes de fuel issues de la marée noire du Prestige déposées sur les plages d'Audenge, Lanton, Arès, Andernos et du Teich.
De biodiversité marines avec la disparition des couteaux et la raréfaction de nombreuses espèces marines.
Des macrodéchets d'origines maritimes ou terrestres (les déchets ostréicoles avec les coupelles, les sacs en plastiques qui tapissent le fond des chenaux et le rivage aquitain).
Du risque de présence de microparticules de plastique dans les huîtres.
Du réensablement des plages.

AVIS! Pour devenir une vigie et un(e) acteur(ice) de la protection de votre environnement, adressez-vous à une association proche de chez-vous.


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 il est de toute évidence que.....le monde a basculé dans l'absurdité la plus totale. Il nous appartient à tous de nous engager pour arrêter ce massacre .diffuser au maximum ces informations , qu'elles ne soient pas divulguées à faible dose et seulement aux personnes qui sont déjà sensibilisés, mais en faire une priorité de communication nationale à toute échelle pour tous publics. Le changement comportemental ne se fera que pas l'éducation prématurée de nos futurs citoyens. Les enfants sont l'avenir de notre planète. Aux géants de ce monde de ne plus avoir comme priorité le profit, l'argent, le pouvoir monétaire. La destruction humaine étant déjà fortement avancée il est urgent de sauver notre habitat .
 
soubervie bassens

 Il y a bien sûr les décideurs à toucher mais avant tout il y a chacun d'entre nous. Prendre conscience de la pollution de notre environnement passe par des pratiques quotidiennes comme utiliser le moins possible de papier, brûler le moins possible, marcher ou prendre son vélo plutôt qu'utiliser sa voiture ou dirais-je son poêle à mazout roulant. Choisir l'électrique ou l'hybride quand on change de voiture. Plus on parle de pollution plus je vois de grosses voitures transporter de l'air ! Smurfit est une calamité ! Chaque semaine la bonne odeur de produits chimiques nécessaires à produire de la pâte à papier vient titiller notre nez. En plus de cela j'entends par ci par là dire que le papier est écologique ! On est sacrément intelligent : on produit une pollution qui nous tue et en plus on la défend ! De nombreux moyens technologiques nous permettent de moins polluer (le vélomobile, l'iPhone, la microfibre, les panneaux solaires), il suffit juste de les utiliser sans attendre que les autres le fasse. 
 
Ghislain Messe Gujan-Mestras

 Merci pour l'article très complet. Cependant, attention à ce que vous dites sur les boues de dragage. Il est important de donner des informations justes quand on les diffuse largement. Il ne faut donc pas confondre les boues ou sédiments issus des port et de ceux issus des chenaux. Par ailleurs, leur toxicité est testée pour connaître leur devenir... (cf: https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000423497)
 
Antoine Andernos

  Pour moi si on ne limite pas immédiatement la démographie,(déjà excessive) avec tous ce qu'elle engendre de négatif, tout est perdu.Pour moi aussi (qui a des souvenirs d'avant guerre), le bassin est mort pour 100 milles ans, mais on a le droit de dire que j'exagère, pourtant les faits sont là, et bien là , je revendique le droit a êtres pessimiste, (et je suis plus que pessimiste), les derniers 40 ans passés ont été déterminant,pour l'avenir du bassin et.... de l'humanité ,nous avons franchi partout et en tout allègrement le seuil du non retour. Mais une catégorie impénitente de gens politiquement correct a le droit d'avoir un jugement optimiste, aveugle, et délirant , donnant l'image d'une humanité (ne sachant pas nager) tombant dans une gigantesque fosse a purin en hurlant a l'espérance, chacun libertairement ayant le droit de voir midi a sa porte. Isidore plantey de la saussouse. 14/juin/1928
 
ISIDORE PLANTEY Ares 33740

 j'ai apprécié la lecture des messages de isidore, Soubervie et Guislain . Moi-même plongeur apnée depuis + de 40 ans , passionné par les fonds de notre pauvre bassin ...je réalise ô combien la situation est dégradée. le biotope fond de bassin tel que nous l'avons connu est mort! et la dégradation gagne les bas vers les passes avec la quasi disparition de la flore marine qui est à la base de out le cycle alimentaire et écologique. A titre individuel , je suis contant de lire QUE CERTAINS d'entre vous réalisent et réagissent ...mais aucune prise de conscience n'est faite, il n'y a qu'à se promener . pierre d'Arès (sailor33@laposte.net) e suis d'accord je
 
Couput Ares

 Pour répondre à Antoine d'Andernos: il y a en effet une différence entre les sédiments des ports et des chenaux. Ceux des chenaux sont moins pollués chimiquement mais le fait de rejeter directement ces sédiments un peu plus loin dans le Bassin (comme à Arès en ce moment) ou pour "réensabler" des plages constitue une pollution par les matières en suspension. L'eau (et le plongeur ne nous démentira pas) oui l'eau est tellement turbide que la photosynthèse ne peut plus se faire et c'est pour cela que les herbiers de zostères dont la tendance naturelle est de repousser restent chétifs et ne s'étendent pas. Toutes les vases doivent être évacuées !
 
Josiane Giraudel Andernos

 Tout est important, mais dans la hiérarchie des nuisances, ce sont les pesticides, les HAP, et les résidus médicamenteux. A prioriser : les effets oestromimétiques, les effets sur l'ADN, l'"effet cocktail". C'est un problème qui dépasse le Bassin d'Arcachon et qui est mondial. En tout cas merci au SIBA de se préoccuper de ces problèmes et de mettre l'information disponible en ligne.
 
Roger Kantin La Teste de Buch

 Il y a déjà plus de 10 ans, j'avais écrit sur un blog perso dédié au Bassin des impacts potentiels des pollutions dû à l’augmentation de la circulation, de l’urbanisation, aux incivilités constantes (papiers, mégots, déjections sauvages de la gente canine, etc), du danger des mélanges de molécule des crèmes solaires et autres produits utilisés dans les zones sensibles mais aussi le changement de comportement des plaisanciers lors des mouillages forains : utilisation de lessive pour se laver, faire sa vaisselle, nettoyer sa coque (je suis plaisancier à voile) et j’en passe. Certains professionnels du bassin ne sont pas toujours non plus respectueux : utilisation de produits prohibés d'antifouling, filets de pêche laissés à la dérive, déversement de gasoil lors des pleins, etc. Je me souviens aussi de la réaction de personnes qui se voulaient écolo mais qui s'offusquaient de mes écrits, de leurs peurs de perdre leur seule zone de liberté, j’allais dire de non droit ! Du reste j'avais supprimé cet article provocateur... alors oui je suis en accord avec cet article.
 
Chris La Teste

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