Jouan et Martin

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mercredi 15 mars 2006

Depuis l’antiquité les landes de Gascogne ont été sillonnées par des chars à boeufs sur des chemins sablonneux rectilignes au milieu de la lande désolée, creusés d’ornières profondes et souvent inondés en hiver. Ils servaient à transporter les marchandises de toutes sortes et éventuellement des passagers. C’étaient les camions, les autobus, pour ne pas dire les trains, de l’époque.  

lous kas small.jpg

En patois landais ces chariots étaient dénommés « kas » (prononcez « casse »). Le ka était une carriole à 4 larges roues cerclées de fer et de grand diamètre, au point que les roues avant et arrière se touchaient presque. Particularité : Les roues avant n’étaient pas « directionnelles ». Les voies romaines durent s’y adapter et, d’une largeur moyenne de 20 mètres, elles étaient élargies à plus de 25 mètres dans les rares courbes. Les kas existaient donc déjà avant la conquête de la Gaule par les armées de Jules César un demi-siècle av JC. Ils ont continué à être utilisés jusqu’au milieu du 19ème siècle. Belle longévité !

 

Les kas étaient tractés par une paire de bœufs, de très grands bœufs qui faisaient la fortune (relative !) de leur propriétaire. Ils s’appelaient invariablement Jouan (à gauche) et Martin (à droite). Pour tourner à droite le bouvier criait « Martin » et pour tourner à gauche il criait « Jouan ». Quand un Jouan ou un Martin prenait sa retraite il était remplacé par un nouveau Jouan ou un nouveau Martin ! Ils étaient choyés, vivant sous le même toit que le bouvier et sa famille. Une simple ouverture, l’« œillère », séparait leur étable du logis familial (il ne fallait pas avoir l’odorat sensible car c’était en général une pièce unique où l’on faisait les repas dans la cheminée, mangeait et dormait !). On les nourrissait, à la main, du meilleur fourrage mêlé de son (lou pachedeuy).

  Interieur_landes_boeufs-sma.jpg

 

Lorsqu’ils devaient voyager pendant plusieurs jours, les kas se déplaçaient en convois. Les bouviers pouvaient ainsi se prêter assistance en cas de besoin, enlisement, attaque de brigands ou … de loups. Le soir, les convois s’arrêtaient pour la nuit sur des sortes « d’aires d’autoroute », en général une dune, basse mais « hors d’eau », près d’un ruisseau car il fallait bien faire boire les bœufs. On formait un cercle avec les chariots et l’on mettait les bœufs dans cet enclos improvisé. Les bouviers dormaient sous leur ka. Les émigrants de la conquête de l’ouest américain avec leurs chariots bâchés n’ont rien inventé !

 

A partir du milieu du 19ème siècle les kas ont été progressivement remplacés par des « bros » (prononcez « brosse »), chariots à 2 très grandes et larges roues, plus maniables, que l’on a appelé plus tard en Français « charrettes à sable ». Des mules plus nerveuses que les bœufs les ont remplacés et les bouviers sont devenus des muletiers.

 

Les mules sont des hybrides d’âne et de jument. Les ânes utilisés pour la reproduction (race du Poitou) étaient de grande taille, au court pelage bai brun, et les juments d’une race de petite taille, les « chevaux des Landes », aujourd’hui sans doute quasiment disparus, apparentés paraît-il aux chevaux arabes. Le croisement de ces grands ânes avec de petites juments, physiquement très proches donc, était possible. Le résultat donnait une mule au physique de très grand âne mais avec la force, la nervosité et l’endurance du cheval.

 

On a continué à appeler Jouan et Martin la paire de mules des attelages landais … J’ai vu la dernière à Mios au début des années 1970.

 

SL


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 Je me souviens avoir entendu dire " jouan " ( j'entendais "ouann " suivi souvent de "béééé" ) dans les années 1957/59 , en Chalosse , précisément à Saint Aubin (Mugron) ou je passai quelques mois de vacances à la ferme ...mais ne me souviens pas de " Martin " , peut-être la prononciation locale m'empèche -t-elle de me souvenir ...mais peut-être me trompé-je ...Le son " béééé précédait peut-être " ouann " ce serait bien que quelque lecteur corrige si besoin ...merci
 
Patrice Feton

 très intéressant.J'y retrouve une atmosphère de mon enfance à Saint Aubin ...57/58 , j'en reviens ...il y manque aujourd'hui l'odeur des étables , celle des paillers .Dommage mais inéluctable. Je m'y suis replongé en dévorant " La Roste en Chalosse" d'André Sourigues.Je recommande cette lecture.
 
Feton Patrice Carrières sur Seine 78420

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