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L'heure est grave

jeudi 13 février 2014
L'avis de Bassindarcachon.com : L'heure est grave et pourtant pas surprenante, on n'urbanise pas à outrance une zone écologiquement sensible. Ceci est la conséquence de la politique du toujours plus de nos élus. On pourrait dire "Comme ailleurs", sauf que nous ne sommes pas ailleurs, nous sommes au bord de la plus grande nurserie d'alevins de la côte Atlantique, mais aussi, bien sur, de la plus grande écloserie d'huîtres naturelles de France, ce n'est pas rien, nous sommes là autour d'un trésor environnemental. Le plus inquiétant est l'absence de réaction de l'État, je pense là encore à cette monstrueuse décharge d'Audenge, ces millions de tonnes de déchets qui ont été enfouis, en toute impunité, au bord du Bassin d'Arcachon, sur son bassin versant! (d'ailleurs où en sont les travaux d'excavation qui ont été votés ?)

Comprend-t'on qu'en dehors du devoir de sauvegarde, nous vivons tous de l'attractivité et de la qualité du plan d'eau ?

Beaucoup parmi les anciens pensent que le Bassin est mort.. je commence à être très inquiet.

P.Ransinan.

Des traces d'hydrocarbures trouvées dans les huîtres sauvages du Bassin d'Arcachon

Cette contamination pourrait expliquer les anomalies de reproduction observées depuis plusieurs années. Le taux d'hydrocarbures relevé par les scientifiques de l'Ifremer ne constitue pas de danger pour la santé humaine

C'est une note qui dit des choses « préoccupantes ». Elle a été rédigée par la station arcachonnaise de l'Ifremer (Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer) et elle s'intitule ainsi : « Hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) dans les huîtres du bassin d'Arcachon. Comparaison avec les teneurs mesurées dans les autres masses d'eau du bassin Adour-Garonne ».

Les non-scientifiques ne comprennent pas le titre mais sentent bien que ça fait un peu peur. Alors qu'est-ce que cela veut dire ? Les HAP constituent une sous-famille des hydrocarbures aromatiques, c'est-à-dire des molécules d'atomes de carbone et d'hydrogène. Ils existent dans le pétrole brut (les hydrocarbures pétrogéniques) et peuvent être libérés dans le milieu par les activités motonautiques. La combustion projette aussi des HAP (les hydrocarbures pyrogéniques) qui reviennent par retombées atmosphériques (moteurs thermiques des véhicules), par le chauffage (bois, charbon, fuel) et par l'activité industrielle. Répertorier exactement, dans un lieu précis, d'où ils viennent s'avère donc compliqué. Ces HAP sont toxiques et répertoriés comme tels par l'Organisation mondiale de la santé (1).

D'où l'intérêt de les suivre, notamment dans les eaux du Bassin. La teneur d'un certain nombre de HAP dans les huîtres sauvages est donc étudiée annuellement par l'Ifremer depuis 1996 à partir de prélèvements effectués en novembre.

Quelle est la tendance d'après les prélèvements de 2012 ? « Les résultats, explique la note d'Ifremer publiée en octobre 2013, montrent notamment la prédominance du pyrène et du fluoranthène dans la plupart des échantillons, une relative stabilité (augmentation suivie d'une diminution) des teneurs dans les huîtres sauvages du Cap-Ferret, une augmentation globale au cours du temps aux Jacquets et à Comprian, avec de fortes variations interannuelles. »

Ensuite, l'Ifremer se demande si les huîtres du Bassin sont plus contaminées que celles des autres sites côtiers. La réponse est oui : « Les huîtres sauvages des Jacquets et Comprian sont globalement plus contaminées par les HAP, y compris les sept HAP cancérigènes, que celles des autres zones littorales. La signature des HAP les plus présents dans le Bassin indique une origine très majoritairement pyrolytique. »

Les tableaux comparatifs avec les autres sites suivis montrent que ces concentrations aux Jacquets et à Comprian sont trois fois supérieures à celles observées au Cap-Ferret, à Boyardville et Mus-de-Loup (Charente-Maritime) ou à Hossegor (Landes).

Une question se pose immédiatement : « De telles teneurs posent-elles un problème sanitaire ? » Soyons ici très clairs et très précis, absolument aucune mesure ne dépasse le seuil sanitaire fixé par l'Europe : autrement dit, la santé humaine n'est pas en danger. Mais pour certains HAP jugés toxiques, « les concentrations dans les mollusques prélevés en novembre dans différentes masses d'eau n'en sont parfois guère éloignées dans les sites du fond du Bassin. » Enfin, certains travaux scientifiques montrent l'influence des HAP sur la maturation de certains bivalves, et notamment un effet « retardateur » au niveau de la gamétogénèse (le processus qui aboutit à la formation des cellules reproductrices, les gamètes).

Il y aurait donc peut-être un lien à établir entre ces teneurs importantes en HAP observées sur les huîtres sauvages du fond du Bassin et les anomalies de reproduction constatées depuis plusieurs années sur le Bassin (la ponte de plus en plus tardive) : « Compte tenu de l'importance socio-économique de l'ostréiculture dans le Bassin, conclut la note, il semble essentiel de continuer à acquérir des données sur les HAP dans les mollusques et de mener à bien des expérimentations propres à préciser les liens entre la i. » C'est justement l'un des objectifs du programme universitaire OSQUAR 2 (2013-2016).

(1) Les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) ont des propriétés cancérigènes, particulièrement le benzo (a) pyrène, le benzo (a) anthracène, le benzo (b) fluoranthène et le benzo (k) fluoranthène. Certains HAP présentent aussi « un caractère mutagène » qui peut « entraîner une diminution de la réponse du système immunitaire augmentant ainsi les risques d'infection ».

Le président des ostréiculteurs reste prudent

Interrogé au sujet des hydrocarbures aromatiques polyclycliques (HAP), Olivier Laban, président des ostréiculteurs d’Arcachon-Cap-Ferret, explique qu’il « reste prudent ».

Il assure aussi qu’il a demandé des travaux scientifiques à ce sujet : « Certains sont en cours mais ces HAP viennent de beaucoup de choses. Nous ne sommes qu’au début des investigations à ce propos. Alors je n’ai pour l’instant pas grand-chose à dire. Ces HAP peuvent être préoccupants mais nous n’en sommes pas encore là. Encore une fois, je reste prudent. »



Source : Journal SUD OUEST http://www.sudouest.fr/ du 12/02/2014

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